Fonctionnement du Service de Santé de la Marine en Tunisie depuis le 26 Mars 1943

 

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IV REGION MARITIME Sidi-Abdallah le 22 Avril 1943
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DIRECTION
DU
SERVICE DE SANTE
 
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No 269 Le Médecin Général Hesnard
Directeur du Service de Santé de la IVo
Région Maritime
    A Monsieur le Médecin Général de 1o classe, Directeur Central du Service de Santé
S/C. de Monsieur l'Amiral, Secrétaire d'Etat à la Marine, Vichy
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  Objet: Compte-rendu du fonctionnement du Service de Santé de la Marine en Tunisie depuis le 26 Mars 1943.
  J'ai l'honneur de vous rendre compte que depuis le 26 Mars 1943, date de mon précédent compte-rendu, la situation du Service de Santé s'est sensiblement aggravée du fait d'un bombardement direct de l'Hôpital de Sidi-Abdallah par l'aviation américaine le Samedi 17 avril au début de l'après-midi.
  17 bombes explosives sont, après une alerte de quelques minutes, tombées dans l'enceinte de l'hôpital, principalement sur les points suivants: à proximité du casernement des Infirmiers et en bordure du jardin de la Pépinière; sur les pavillons anciens (service des vénériens); sur le Laboratoire de Pharmacie; sur le terre plein (bois d'eucalyptus situé entre le Pavillon des Officiers et le Magasin; sur le local des matières inflammables, dans le jardin duMédecin résident, dans la zone avoisinant les pavillons neufs, dans le jardin de l'Hôpital, à proximité du Pavillon de Neuropsychiatrie et à proximité de la Buanderie.
  Le bilan des détériorations est le suivant:
a) Locaux : - Mur et jardin du résident effondrés.
- Local des matières inflammables incendié et effondré
- Plusieurs cratères entre l'abri central et le Magasin; quelques arbres détruits.
- Pavillon des Vénériens (pavillon 10) le plus inférieur de la rangée Nord : détruit.
- Pavillon du Laboratoire de Pharmacie détruit dans sa plus grande partie.
- Mur d'enceinte du terrain de casernement, mitoyen avec la Pépinière : détruit.
- Mur d'enceinte
de la partie centrale de l'Hôpital mitoyen avec la Pépinière : Détruit sur plusieurs mètres.
- Conduite d'eau de la partie Est de l'Hôpital : détruite.
- Secteur électrique =
la ligne principale entre la sous-station électrique et le tableau général a été atteinte.
- Un des pavillons neufs (le plus ouest) a été endommagé par le souffle et les éclats des bombes.
- Le jardin a relativement peu souffert; des toitures ont été à nouveau détériorées et des vitres cassées.

b) Matériel sanitaire : Grâce à un desserrement habituel peu de destructions, sauf une partie des matières inflammables qui a pris feu et n'a pu échapper que partiellement à l'incendie malgré la rapidité des secours. En particulier: essence, alcool et éther.

Notre stock total de carburants et de matières inflammables avait été heureusement desserré et mis sous terre dans l'enceinte périphérique de l' Hôpital.

Malgré cela, cette perte est cruelle, spécialement en éther, vu notre déficit progressif en anesthésique : l' éther détruit était en voie d'épuration pour usage de narcose.

Elle ne sera que très partiellement compensée par la réquisition des faibles stocks d'éther des pharmacies civiles de la ville et par un petit apport, déjà commencé, d' anesthésiques de la part du Service de Santé de l'Axe.

Je renouvelle l'extrême urgence de ce besoin, signalé à Vichy par message.

c) Personnel : La quasi totalité des malades et du personnel de l'Hôpital était dans les abris et endroits relativement protégés. Aussi, quoique plusieurs bombes soient tombées à quelques mètres seulement de l'abri central (à cette heure, rempli de personnel médical, infirmier, ouvrier), il n'a été enregistré qu'un blessé (un jeune compagnon : fracture du bras par éclat de bombe).

- En conséquence, le fonctionnement de l'Hôpital, qui était, ces temps derniers, redevenu en grande partie normal après réparation des dégats de la grande explosion précédemment signalée, rencontre actuellement d'assez sérieuses difficultés.

La suppression de l'énergie électrique très imcomplètement compensée à certaines heures par l'usage d'un groupe électrogène entraine une réduction des heures de travail chirurgical dans les salles d'opération en sous-sol, ainsi que la suppression du fonctionnement du service radiologique.

La suppression de l'eau entraine l' obligation de la mesure, strictement, de constituer des réserves dans les deux bassins existants ou dans des récipients de fortune.

Il faut attendre encore des jours et peut-être des semaines pour espérer avoir un usage normal d'eau et d'électricité.

Enfin, la seule camionette restant encore à notre disposition ayant été endommagé par un éclat, les mouvements indispensables à la vie de l'Hôpital sont devenusplus difficiles.

Mesures prises et prévues:

a) à l'Hôpital. Depuis plusieurs mois, j'ai demandé, et me suis efforcé d'obtenir, l' amélioration des abris existants et leur extension. J'insiste chaque jour pour obtenir des Travaux Maritimes et des Industries Navales, malgré les inextricables difficultés de l'heure ( manque de main d'oeuvre, suppression du ciment par les autorités de l' Axe, manque de transports et de carburants, etc…) l'achèvement d'une salle d'opération vraiment protégée au sous-sol de la salle 4, ainsi que deux systèmes de tranchées avoisinnanttes, susceptibles de recevoir des couchettes pour les grands blessés et le repos du personnel sanitaire la nuit.

J'ai fait utiliser au maximun tous les endroits relativement protégés qui peuvent recevoir des lits de blessés et de malades.

- Je fais évacuer une partie des grands blessés et la plupart des malades, surtout civils, femmes et enfants, sur les hôpitaux auxiliaires dont je renforce l' armement et le personnel.

b) à l'extérieur. J'ai décidé, approuvé par Monsieur le Vice-Amiral Commandant de la Marine en Tunisie, de décentraliser dans la mesure du possible le Service de Santé jusqu'ici très concentré à Sidi-Abdallah, par les moyens suivants (dont la réalisation s'avère d'ailleurs, dans les circonstances actuelles de transport, très laborieuse) :

1.- Création dans les carrières de BOU-HALLOUF, en face Marouba-La Pecherie sur la rive gauche du canal, d'une infirmerie hôpital d'une vingtaine de lits; ce qui diminuera les évacuations sur Ferryville des blessés de la zone de Bizerte et permettra, si les communications de cette localité avec Bizerte sont coupées, de donner les soins chirurgicaux nécessaires à ces blessés.

2.- Agrandissement de l'Infirmerie de l'Iskheul, où une partie de la population civile commence à se replier; de 20 à 50 lits selon les circonstances, avec médecin et station antipaludique (la saison de la malaria va commencer).

3.- Renforcement des services chirurgicaux de la Baie des Carrières (arsenal protégé) et de Menzel-Djemil pour les réfugiés de la Rive Droite.

4.- Organisation près l'Oued Kocéine, à 6 kilomètres de Ferryville à droite de la route du Lac - endroit de refuge le moins dangereux pour la population civile - d'un service médical pour les réfugiés et spécialement femmes et enfants (Infirmerie-hôpital, garderie d'enfants et Goutte de Lait, Consultations S.L.O.M. etc…)

J'ai l'intention, si j'en ai la possibilité, de restreindre peu à peu l'Hôpital de Sidi-Abdallah à une grande ambulance chirurgicale, à l'usage de la population et des services français et (dans la mesure où les circonstances en maintiendront ou en augmenteront la nécessité) des blessés de l'Axe.

Le personnel sanitaire de la Marine qui, jusqu'ici, a été parfaitement à la hauteur des circonstances, en assurera aussi longtemps qu'il sera matériellement possible, le service dur, dangereux et méritoire.

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Destinataire:
D.C.S.S. (3)

Copies:
Archives (2)

 

 

Version : 26.03.2005 - Contents : Martine Bernard-Hesnard

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