Général Weygand

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A.L.
DELEGATION GENERALE DU
GOUVERNEMENT
EN
AFRIQUE FRANCAISE
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COMMUNICATION VERBALE
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  du Général WEYGAND, Délégué Général du Gouvernement
en AFRIQUE FRANCAISE, aux Hauts Fonctionnaires, aux
Officiers Généraux et Supérieurs, au Personnel Di-
recteur de la Légion des Combattans d'Alger
le 21 Mai 1941
I.- Objet de cette réunion
Bien préciser la situation actuelle, renseigner sur ses causes et ses effets, en tirer les conséquences quant aux devoirs qui s'imposent à tous les Français.
II.- Un fait nouveau: l'annonce officielle de la politique de collaboration.
A l'origine, à la Conférence de MONTOIRE, le 24 octobre 1940, l'entrevue entre le Maréchal PETAIN. et le Chancelier, admission du principe de cette collaboration.
Ces derniers mois, en raison d'incidents politiques retentissants, de nouvelles sporadiques plus ou moins tendancieuses, on a pu se demander si ce principe serait réellement appliqué un jour.
Ces dernières semaines, des comptes rendus de presse relatant les entrevues répétées de l'Amiral DARLAN, Vice-Président du Conseil, avec les autorités allemandes, ont préparé les Français à recevoir la nouvelle que la collaboration allait sans doute être réellement mise en pratique.
Aujourd'hui, les déclarations du gouvernement, la publication des premières mesures de détente obtenues, le message du Maréchal Chef de l'Etat aux populations françaises, ne laissent plus aucun doute. La politique de collaboration de la FRANCE et de l'ALLEMAGNE a été décidée par le Gouvernement unanime, sous la direction du Maréchal PETAIN. C'est le fait nouveau.
III.- Quels sont les bénéfices immédiats apportés à la FRANCE par cette politique?
Ce sont essentiellement des adoucissements au régime de l'Armistice.
1º- Possibilité pour les Ministres, les Grands Directeurs, les Chefs d'exploitation privée, de passer librement de l'une à l'autre des zones occupée et non occupée.
2º- Possibilité de transférer des marchandises et des valeurs d'une zone à l'autre.
3º- Libération d'un premier lot de prisonniers: les Anciens Combattants de la Grande Guerre
4º- Réduction des frais d'occupation.
Importance de ces mesures:
1º- la FRANCE étant réellement coupée en deux, le Gouvernement étant aux prises avec mille difficultés pour administrer et pour faire sentir son action; la population de la zone occupée était livrée, à peu près sans contrôle, à l'autorité occupante. Cette contrainte cesse.
2º- Il n'est pas un d'entre vous ayant des intérêts, mêmes les plus minimes, en FRANCE occupée, qui n'ait souffert des entraves de toutes natures apportées aux moindres échanges.
A fortiori, les entreprises de quelque importance se trouvaient paralysées. Une certaine activité va pouvoir reprendre.
3º- Cent mille environ de nos combattants cesseront de souffrir de l'affreuse situation de prisonnier. Mais, en outre, il faut considérer que cette collaboration partielle est l'amorce d'un retour progressif de ces deux millions de prisonniers, Combattants ou non, que le vainqueur a raflés en FRANCE, qui leur permettra de reprendre peu à peu leur place dans la Nation, tout en évitant les dangers d'un retour massif. Ce sont là des bénéfices importants d'ordre moral et d'ordre tout court, pour le Pays.
4º- Il est inutile de développer les avantages directs et indirects de la diminution des frais d'occupation, dont le taux ancien, très élevé, permettait aux Allemands d'acheter pour rien tout ce qui pouvait être acquis en FRANCE.
Je suis autorisé à ajouter que le Gouvernement se juge en droit d'espérer l'obtention d'autres avantages d'ici peu de temps.
IV.- Les contreparties? J'ignore s'il y en a eu de décidées en correspondance directe avec les concessions dont nous avons déjà connaissance.
Je puis vous faire part de ce sentiment du Gouvernement qu'en raison des gestes de collaboration déjà faits par la FRANCE, l'ALLEMAGNE se considère actuellement comme en dette envers nous.
En tout cas, rien ne s'applique à l'AFRIQUE Française, où la situation reste ce qu'elle est.
V.- Pour vous éclairer sur les raisons principales qui ont amené la décision du Gouvernement, je vais vous donner connaissance d'une directive gouvernementale, adressées à tous nos postes extérieurs:
"Depuis le mois de juin dernier, la FRANCE métropolitaine et l'Empire vivent sous un régime d'armistice qui avait été primitivement conçu en prévision d'une conclusion rapide des opérations militaires en cours. Ce régime comportait des stipulations dont la rigueur s'expliquait par leur caractère provisoire, mais qui, à la longue, pesaient de plus en plus lourdement sur toute la vie du Pays. Après onze mois et devant l'évolution d'un conflit dont la durée reste imprévisible, la prolongation de cette situation se faisait de jour en jour plus difficile et risquait de compromettre à la fois l'existence et l'avenir de la Nation.
Il était donc du devoir du Gouvernement, responsable du sort du Pays devant la Nation et devant l'Histoire, de s'efforcer de transposer le problème des relations franco-allemandes du plan du diktat sur le terrain de la collaboration et d'instituer une méthode qui nous permette d'obtenir, en échange de certaines concessions, des contre-parties propres à alléger dès maintenant les charges de toutes natures supportées depuis juin dernier, de recevoir certaines assurances concernant les intentions allemandes en prévision du futur traité de paix et d'assurer à la FRANCE une place honorable dans une EUROPE dont la réorganisation s'avérera nécessaire quelque soit l'issue du conflit.
Toute autre attitude exposerait la FRANCE et son Empire au double danger, pour le présent, d'une asphyxie progressive et pour l'avenir, de revendications territoriales illimitées.
C'est dans ces conditions que la politique de collaboration a été décidée par le Maréchal et approuvée à l'unanimité par le Gouvernement. Cette politique est une création continue, chacune de ses applications devant faire l'objet d'un examen.
D'autre part, la politique de collaboration n'implique pas, dans l'esprit du Gouvernement Français, une attitude d'hostilité délibérée à l'égard de la GRANDE-BRETAGNE et de ses alliés de fait.
Après comme avant l'adoption de cette politique, le Gouvernement considère que la défense du territoire français contre toute attaque est un devoir essentiel. Cette volonté, toujours nettement affirmée, s'est manifestée sans ambiguité en des occasion antérieures. Elle ne peut donc être considérée comme une conséquence de la récente évolution des rapports franco-allemands. Toutes instructions utiles ont été données pour la faire respecter".
Ma mission demeure la même: défendre l'AFRIQUE contre quiconque.
VI.- J'arrive à ma conclusion. Le devoir de tous les Français a été tracé, sans équivoque, par le Maréchal dans le message qu'il leur a adressé pour leur faire connaître la politique de son Gouvernement. J'en relis les phrases principales, dont il est nécessaire de peser tous les mots.

"Il ne s'agit plus aujourd'hui, pour une opinion souvent inquiète parce que mal informée, de supputer nos chances, de mesurer nos risques, de juger nos gestes. Il s'agit, pour vous Français, de me suivre sans arrière-pensée, sur les chemins de l'Honneur et de l'intérêt national.

Si, dans l'étroite discipline de notre esprit public, nous savons mener à bien les négociations en cours, la FRANCE pourra surmonter la défaite et conserver dans le monde son rang de puissance européenne et coloniale."

Voilà ce que le Maréchal demande à notre patriotisme et à notre esprit de discipline. Il ne prétend pas nous empêcher de penser, de sentir, d'aimer ou de har, ce n'est au pouvoir de personne. Mais il ne s'agit pas de sentiments, seulement de politique et ce n'est pas la même chose.

Dans l'intérêt supérieur de notre Pays, dont il a la responsabilité devant l'histoire, sachant ce que nous pouvons ignorer, le Maréchal a décidé. Notre devoir est de le suivre.

C'est ce devoir que je vous demande de bien préciser à ceux que vous avez à diriger, à conduire ou à commander, puisque tous ici, vous avez charge d'âmes. Faites leur comprendre la gravité de l'heure. Insistez sur l'étendue de leurs obligations. Que penser d'une confiance dans la personne du Maréchal qui ne s'étendrait ni à ses décisions ni à ses actes. Il importe qu'il ne leur échappe aucun geste, aucune parole, à plus forte raison aucun acte qui risque d'amener la désunion entre Français. Ces écarts ont beaucoup plus d'importance que leurs auteurs, qui souvent ne pêchent que par légèreté, ne l'imaginent. Certains qui déplorent le nombre des contrôleurs allemands ou italiens actuellement en AFRIQUE, ne se doutent pas que l' imprudence de leurs propos ou de leurs attitudes, a pu contribuer à leur accroissement.

Le monde entier a aujourd'hui les yeux fixés sur notre Patrie. De notre union dépend son salut. Notre division serait sa perte. Sur cette terre africaine, où nous vivons au milieu de populations indigènes, où nous sommes épiés par de nombreux étrangers, habiles à découvrir les fissures par où peut passer la discorde et en profiter, cette nécessité est impérieuse.

En donnant à tous le spectacle de cette union, de cette discipline des esprits et des coeurs, la FRANCE leur fera sentir que si elle a succombé dans la lutte, elle n'est du moins pas abattue et que sa force morale subsiste. En ce qui nous concerne plus directement, nous Africains, j'ai besoin que cette force s'ajoute à l'accroissement de force matérielle que je suis en droit d'espérer. J'aurai ainsi le moyen de réussir dans ma mission qui demeure la même: maintenir avec vous inviolée l'AFRIQUE FRANCAISE.

 

 

Version : 02.08.2005 - Contents : Martine Bernard-Hesnard

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