Index Léon Bernard




Nantes, Dimanche 12/5/18



Ma chère petite Linette,



Je suis honteux en songeant que le dimanche vous ne devez pas avoir le courrier de Nantes, le train arrivant trop tard à Paris pour la première distribution; moi plus heureux j’ai déjà deux gentilles lettres de vous.

Je me repose du mieux que je peux pour être dispos pendant mon séjour à Paris; mais j’ai encore une nuit de chemin de fer, soyez tranquille mercredi il n’en paraîtra plus rien.

Ma chère maman est peut-être un peu plus fatiguée aujourd’hui, il lui faut encore quelques jours de grand repos pour lui enlever toutes les fatigues de cette dernière quinzaine; je suis désolé de savoir votre bonne maman souffrante, j’espère bien qu’il n’y a rien de grave et que mardi il n’en paraîtra plus rien, je suis déjà assuré qu’elle doit être entourée de tous vos bons soins.

Comme vous le savez, ce matin grande cérémonie à St Clair, ma petite Jeannette était mignonne en communiante, et elle était heureuse d’avoir ses frères et cousins l’accompagnant à l’Eglise; elle m’a dit avoir bien prié pour sa cousine Linette, de mon côté je ne vous ai pas oublié. Je compte bien que dimanche prochain je serai encore à Paris pour vous accompagner à Ste Marie des Batignolles. Aujourd’hui chez mon oncle il y avait une jolie réunion mais la fête aurait été complète, si ma petite Céline avait pu m’accompagner.

Maintenant je suis plutôt dépaysé et je voudrais déjà être rendu à demain soir pour reprendre la route de la R. Brochant, comme vous le dites si bien, il faut s’habituer à la séparation, quoique celle-ci est de bien courte durée par rapport à la prochaine; nous nous consolerons en songeant à cette maxime “Loin des yeux mais près du coeur”.

Il n’y aura pas de baisers de perdus, nous les rattraperons mardi.

Ma famille vous adresse ainsi qu’à votre charmante famille l’expression de leurs meilleurs sentiments.

Jeannette vous remercie de votre délicate (?) attention, elle vous embrasse bien fort et vous écrira prochainement.

Ma maman vous envoie ses meilleurs baisers. Ne m’oubliez pas près de votre chère famille.

Votre petit Léon qui vous aime beaucoup et qui est impatient d’aller vous embrasser très fort.



 
 
 




URL http://bernard.hesnard.free.fr/LeonBernard/Guerre14_18/LettreLB1918_05_12.html